déc 14

“Tu joues ? Gamelle, pissette et autres concepts…”

L’air(e) de rien, le baby-foot est ce qui rend le bistrot plus intéressant que le baby-foot.
L’authentique baby-foot de café c’est : 4 pieds, 1m50 x 1m x 0,95m pour 90 kilos, un terrain de jeu vert, deux fois quatre barres, soit deux fois onze joueurs, des bords relevés, un monnayeur, un certain nombre de balles de liège, quatre cendriers, deux bouliers, deux couleurs, une salle enfumée, du brouhaha, de la monnaie s’il-vous-plaît, une musique qu’on n’écoute pas, un ou deux adversaires improvisés, une revanche - une belle, un éclairage qui joue, des regrets, de la chance, des onomatopées, des moins jeunes - des moins vieux, des accidents corporels, de la moiteur - ça glisse, des questions, un claquement…
Parce que sa description ne s’épuise pas, le baby-foot n’est ni juste un objet, ni juste un jeu, ni juste un lieu ; il agit dans un espace potentiel entre soi et le monde : “nul être humain ne parvient à se libérer de la tension suscitée par la mise en relation de la réalité du dedans et la réalité du dehors (…) Cette tension peut être soulagée par l’existence d’une aire intermédiaire d’expérience (…) Cette aire intermédiaire est en continuité directe avec l’aire de jeu (…)” (D.W. Winnicott, Jeu et Réalité, L’espace potentiel (1971), Paris, Gallimard, coll. Folio/essais, 2002, p. 47.)
S’agit-il d’en parler ou d’aller jouer ? Faire les deux, c’est faire le Journal Officiel de la République Bananière n°3.