Description et analyse esthétique d’une partie de baby-foot.
Cadre et Structure / Mouvement.
Il y a une infinité de manières d’appréhender une partie de baby-foot, mais que l’on soit joueur ou spectateur, toutes reposent en partie sur une analyse visuelle et formelle du jeu.
Un terrain de baby-foot, vu du dessus par les joueurs ou en perspective plongeante par les spectateurs, est une composition géométrique aux lignes mouvantes. Si l’on se détourne du hors champ du baby-foot pour se concentrer sur le plateau de jeu, on remarque alors qu’il n’est pas seulement une miniaturisation d’un terrain de foot. Un baby-foot est aussi une abstraction, en ce qu’il est une schématisation géométrique de la réalité, reposant sur une composition en grille. On peut dire qu’une partie de baby-foot résulte des variations horizontales de cette grille.
Le changement d’échelle qui s’opère entre le baby-foot et la réalité s’accompagne donc aussi d’un changement des codes de la perception, changements qui inscrivent le baby-foot dans le domaine de la représentation.
Parce que les lignes de force qui structurent le baby-foot sont mouvantes, celui-ci s’apparente à une composition cinétique, dont l’autre particularité est d’inclure pleinement le cadre délimitant l’objet à l’objet lui-même : il est impossible d’envisager une partie de baby-foot sans les bords qui délimitent le terrain.

Couleurs / Nuances / Effets de matières.
Trois couleurs principales sont déterminantes dans un baby-foot : le plus souvent, il s’agit du vert, du bleu et du rouge. En permettant de matérialiser visuellement le terrain de jeu et les deux équipes qui s’y affrontent, les couleurs contribuent à la compréhension de la partie de baby-foot, notamment pour les spectateurs.
En même temps, les effets visuels et les effets de matière qui surgissent dans l’aire de jeu - délavements, ombres, reflets, usures, porosités - peuvent détourner l’attention de celle-ci. La partie devient alors une pure visualité, un réagencement constant de formes et de couleurs qui perdent leur signification ludique et sportive pour devenir une simple réalité sensorielle.
Circulation.
Au sein de la structure unifiée du baby-foot, il s’opère de façon plus ou moins aléatoire une circulation transversale de la balle de jeu.
La trajectoire des balles échangées au cours d’une partie est déterminée par des mouvements simples de roulement et de rebond - en avant, en arrière, latéralement, en diagonal ou de façon circulaire - qui cependant, offrent une multitude de variations et de combinaisons possibles.
D’autre part, la circulation de la balle de baby-foot obéit à des rythmes qui déterminent le déroulement de la partie : accélérations, ralentissements, arrêts, relances.
Non seulement cette circulation est ce qui apporte à la partie sa substance visuelle, mais de plus, elle génère une activité sonore qui crée un lien entre la table de baby-foot et son environnement extérieur qu’est le bistrot ou la salle de jeu.
Hors champ et comportements.
Un léger déplacement du plateau de jeu vers ce qui anime la partie, à savoir les joueurs, permet de prendre conscience de la dimension sculpturale et performancielle du baby-foot. Un glissement se produit, de la dimension visuelle propre à la table de jeu vers la valeur sociale du jeu dans son ensemble.
En effet, une partie de baby-foot est une épreuve qui informe et qui anime le corps des joueurs. C’est aussi un moment d’interactions : interactions verbales (discussions, remarques, compliments, reproches) mais aussi corporelles à travers l’interface de la balle (passes, contres, remises en jeu, etc.)
Il serait même judicieux de dire que le baby-foot est un objet relationnel, en ce qu’il assure une médiation entre le joueur et un environnement ouvert qui appartient à tous.
Par ailleurs, le baby-foot est un objet de nostalgie par excellence. L’affection du joueur pour le baby-foot est due en grande partie aux souvenirs que celui-ci stimule en lui, souvenirs attachés à une ou des époques de sa vie, souvenirs à la fois personnels et constitutifs d’une mémoire collective. En cela, le baby-foot est aussi un lieu d’édification de l’histoire ordinaire : non pas l’histoire des grandes dates et des grands hommes, mais celle du quotidien et de sa lente évolution à travers les décennies.
